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    African Encyclopedia Wikis > Awalé ou Adito

    L’awalé ou awélé est un jeu de société combinatoire abstrait créé en Afrique.
    C’est le plus répandu des jeux de la famille mancala, ensemble de jeux africains de type « compter et capturer » dans lesquels on distribue des cailloux, graines ou coquillages dans des coupelles ou des trous, parfois creusés à même le sol.

     

    Autres noms

     

    Ce jeu s’est propagé dans de nombreux pays d’Afrique, puis aux Caraïbes, c’est pourquoi on lui trouve de nombreux noms. En voici quelques-uns : wôli ou wali (bamanan ou bambara au Mali), adi (ewes au Ghana), awalé (Côte d’Ivoire), awari, awélé (Côte d’Ivoire et Ghana), ayo (yoruba au Nigeria), wure (wolof au Sénégal), ourin, ourri (Cap-Vert), oware ou owaré (akan au Ghana), wari (Caraïbes), etc.

    Il ne faut pas confondre avec les autres jeux de la famille des mancalas, aux règles proches, tels que le bao, le nam-nam, le En Gehé (ou engehei) ou encore le omweso (ou omweeso, mweso). Mancala désigne également un jeu de la famille des mancalas.

     

    La légende
    Voici l’une des légendes sur la naissance de ce jeu, mais tout comme ses noms et ses règles, elles sont nombreuses :
    « Ils ont marché longtemps, très longtemps à travers le désert, jusqu’à ce qu’ils arrivent au bord de la mer. Ils ont fait des provisions de coquillages puis sont repartis dans leur village. En chemin, ils ont fait des trous dans le sable pour stocker les coquillages. C’est ainsi qu’est né le jeu : des coquillages dans des trous. »
    On dit aussi que l’arbre, le Caesalpinia crista, qui produit les graines servant au jeu n’existe que dans ce but.
    Les travaux de Culin, de Griaule et de Reysset ont par ailleurs permis d’établir des liens entre les cosmogonies Dogon (Mali) et Luba-Lulla (Zaire) et le jeu d’awalé.

     

    L’histoire

     

    L’awalé appartient à la grande famille des jeux de semailles africains (dits aussi mancala ; « déplacer » en arabe). Ces jeux au mécanisme très particulier et sans hasard ne peuvent s’apparenter au Senet égyptien qui, lui, est un jeu de parcours (avec dés) et a une stratégie très différente. Les égyptologues n’ont jamais rencontré de jeu comparable à l’awalé parmi les jeux, très bien conservés et connus, de l’Égypte antique. Les premiers tabliers d’awalé datables ont été découverts lors de fouilles archéologiques en Éthiopie (royaume d’Aksoum) et semblent remonter au viiie siècle. L’awalé/mancala se retrouve dans toute l’Afrique, mais à partir du ixe siècle il s’est propagé aussi au Moyen-Orient, dans la péninsule Arabique, en Inde, en Indonésie et jusqu’en Chine. La forme awalé, typique de l’Afrique de l’Ouest, a suivi quant à elle les routes de l’esclavage. On retrouve les traces de ce jeu en Amérique latine mais surtout aux Caraïbes.
    Les sources historiques manquent, mais le Kitab-al-arhani évoque le jeu au xe siècle, tout comme l’orientaliste anglais Thomas Hyde dans son livre De Ludis Orientalibus Libri Duo (Oxford, 1694)2. Un roi Kuba (Shamba Balongombo) s’est fait représenter en sculpture avec ce jeu vers 1620 et le jeu a manifestement longtemps connu un grand prestige en Afrique.

    L’awalé fait appel à des capacités cognitives et stratégiques élevées et aujourd’hui on trouve d’excellents joueurs originaires du Ghana et d’Antigua et Barbuda.

     

    Le plateau et les graines

     

    Le plateau ressemble, dans son modèle transportable, à deux demi-bûches reliées par des charnières. Il est généralement en bois et est creusé de deux rangées de six trous, avec parfois deux plus gros trous sur les bords.

    La plupart des awalé sous forme de demi-bûches articulées vendus en France est fabriquée à Grand-Bassam, la première capitale de la Côte d’Ivoire, à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Abidjan. Un des plus anciens awalés existants est exposé au Musée national du Mali à Bamako, au Mali. Il date probablement du xixe siècle.

    Les graines sont parfois remplacées par des billes ou des cailloux. Mais la plupart du temps, ce sont des graines venant de l’arbre Caesalpinia bonduc. Elles ressemblent à des olives vertes mais sont moins périssables si on ne les perd pas.

    Au Gabon, le jeu porte le nom de Mbekh ô kôla. Les règles sont presque identiques mais les captures avec le singleton en dernière case à droite sont interdites et la règle du « donner à manger » n’est pas appliquée (Deledicq et Popova 1977). Mbekh, en langue fang, signifie pétrin, auge ou mortier. Samuel Galley dans son dictionnaire fang-français donne la définition suivante.

    Mbekh ô kôla: jeu de ‘kola’ qui ressemble à une pirogue ou à un village. Il y a 12 casiers dans lesquels on met des pierres ou les fruits de l’ôkola, plus deux grands casiers aux extrémités.

    Lorsqu’on sait qu’un village fang a un plan bien distinct de ceux des villages des autres ethnies, on voit que la forme d’un tablier de jeu n’est pas indifférente. L’étude des tabliers a fait l’objet d’études approfondies dans les publications spécialisées.

     

    Les règles

     

    En Côte d’Ivoire, coexistent deux règles principales, la règle bété, qui se base sur dix cases, et une règle commune aux Akan (Baoulé, notamment) et aux Dioula (« commerçants » en bambara, notion qui englobe les représentants des communautés culturelles du Nord). Ce sont les règles de ces derniers qui, à quelques détails près, sont utilisées par la Fédération internationale. Ce sont les règles généralement décrites dans les ouvrages et les sites de référence sur les jeux.

    Les variations étant innombrables, nous n’en détaillerons qu’une qui est relativement courante, appelée « Abapa », utilisée dans les tournois et reconnue par la fédération internationale (World Oware Federation).

    Comme aux échecs, seulement deux joueurs peuvent s’affronter, mais contrairement aux échecs, les joueurs doivent jouer rapidement et le public peut (mais pas en tournoi) faire du bruit, chanter, discuter les coups.
    Au départ, on répartit quarante-huit graines dans les douze trous à raison de quatre graines par trou.
    Les joueurs sont l’un en face de l’autre, avec une rangée devant chaque joueur. Cette rangée sera son camp. On choisit un sens de rotation qui vaudra pour toute la partie. On choisit également un joueur qui commencera la partie.
    Un tour se joue de la façon suivante : le premier joueur prend toutes les graines d’un des trous de son camp puis il les égrène dans toutes les cases qui suivent sur sa rangée puis sur celle de son adversaire suivant le sens de rotation (une graine dans chaque trou après celui où il a récupéré les graines). Si sa dernière graine tombe dans un trou du camp adverse et qu’il y a maintenant deux ou trois graines dans ce trou, le joueur récupère ces deux ou trois graines et les met de côté. Ensuite il regarde la case précédente : si elle est dans le camp adverse et contient deux ou trois graines, il récupère ces graines, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il arrive à son camp ou jusqu’à ce qu’il y ait un nombre de graines différent de deux ou trois.
    Le but du jeu est d’avoir récupéré le plus de graines à la fin de la partie.
    On ne saute pas de case lorsqu’on égrène sauf lorsqu’on a douze graines ou plus, c’est-à-dire qu’on fait un tour complet : on ne remplit pas la case dans laquelle on vient de prendre les graines.
    Il faut « nourrir » l’adversaire, c’est-à-dire que, quand celui-ci n’a plus de graines, il faut absolument jouer un coup qui lui permette de rejouer ensuite. Si ce n’est pas possible, la partie s’arrête et le joueur qui allait jouer capture les graines restantes.
    Si un coup devait prendre toutes les graines adverses, alors le coup peut être joué, mais aucune capture n’est faite : il ne faut pas « affamer » l’adversaire.
    La partie s’arrête quand un des joueurs a capturé au moins 25 graines, soit plus de la moitié ou qu’il ne reste que 6 graines en jeu.
    Ces règles sont plus simples qu’il n’y paraît. Elles sont rapidement assimilées par les débutants qui réalisent rapidement de très beaux coups, ce qui en fait un jeu très agréable pour tous et dans toutes les situations.

     

    Résolution mathématique

     

    Une seule parmi tant de variantes de l’awalé a été résolue : une partie parfaite se solde par un match nul. La résolution a exploré les 889 063 398 406 coups possibles, ce qui a pris 51 h sur une grappe de 144 processeurs.

     

    Tournois

     

    Des tournois d’awalé sont organisés régulièrement à Cannes durant le Festival des jeux en février – mars, ainsi qu’à La Tour-de-Peilz (Suisse) en automne.

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