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    Le Patriarche, 1er Président du CUT, décédé la veille de la proclamation de l’indépendance .

    Le patriarche Pa Augustino de SOUZA dit « Gazozo » est né en 1877, à Adgbédrafo (Porto Seguro), dans une grande famille Mina dont les ancêtres sont venus du Brésil.

    Il était le petit-fils du Chacha Francisco Félix Da SOUZA (1760 – 1849), le (drifter) portugais ou réfugié politique qui était devenu un important trafiquant dans la région d’Aného et plus tard Gouverneur de Ouidah sous le règne du roi du Danhomè.

    De condition modeste, Da SOUZA commença sa carrière ouest-africaine comme un petit commerçant vendant diverses marchandises, dont des esclaves et des armes.

    Il s’installa d’abord à Aného vers 1788 et y fonda le quartier Ajuda qui deviendra plus tard l’actuel quartier d’Adjido.

    Après une querelle au sujet d’une dette que lui devait le roi du Danhomè Adandozan, Da SOUZA fut emprisonné à Abomey, la capitale du Danhomè.

    Il ne fut relâché que sur l’intervention de Ghézo, le futur roi du Danhomè, qui monta au pouvoir avec le soutien de Da SOUZA.

    Il fut élevé à la position de « Chacha » c’est-à-dire de percepteur en chef attitré des impôts du roi qui avait rang de gouverneur à Ouidah, le plus grand port d’esclaves de la côte.

    A partir de cette position, Da Souza détenait un monopole sur toutes les activités commerciales dans la région et devint énormément riche.

    Submergé par ses fonctions administratives à Ouidah, Da SOUZA délégua son autorité à Aného à son lieutenant, Akouété Zanklibossou, et ses affaires commerciales à ses fils.

    Suite à l’abolition de la traite négrière, il réorienta ses affaires vers la culture du palmier à huile.

    Francisco da SOUZA, grand père de Augustino de SOUZA, est mort à Ouidah, en 1849 et eut droit à des funérailles royales incluant des sacrifices humains.

    Revenons au petit-fils de cet homme, Augustino de SOUZA, qui fut un des providentiels héritiers de sa considérable fortune pour dire qu’il fut, très tôt, un puissant soutien, fondateur et premier président du Comité de l’Unité togolaise (CUT).

    Il était l’ami de Octaviano OLYMPIO, l’oncle de Sylvanus OLYMPIO qui, avec l’instituteur de la Mission protestante  Andreas AKU, avait pris le 24 mai 1909, la première initiative qui lança le mouvement national au Togo en envoyant au très raciste gouverneur allemand, le Comte ZECH, une pétition pour réclamer la justice et l’égalité des droits entre autochtones togolais et colons allemands après avoir protesté contre les exactions dont avait été victime un citoyen togolais. Ce dernier avait été giflé en pleine rue par un fonctionnaire colonial allemand des chemins de fer tout simplement parce que celui-ci ne l’avait pas salué au moment où il le croisait sur son chemin.

    De ce fait, il jouissait d’un grand prestige et avait une forte autorité morale sur le mouvement nationaliste naissant au Togo.

    Il était issu de cette bourgeoisie foncière et commerçante afro-brésilienne dont les principales figures qui avaient fait fortune à partir de la traite négrière, à leur retour du Brésil d’où ils sont venus s’installer sur les côtes d’Afrique de l’Ouest, après avoir paradoxalement été affranchis eux-mêmes comme esclaves. Se distinguant du reste de la population par leur habitat, leur habillement, leur alimentation, leurs traditions, leur prestance dans la société, ils constituaient cette couche de notables qui, face aux pouvoirs coloniaux allemand et français, postula à la représentation des intérêts nationaux togolais qui ne pouvait que favoriser les leurs propres.

    C’est ainsi que, comme son ancêtre Francisco Félix Da SOUZA et, plus généralement, tous les chefs des grandes familles afro-brésiliennes, Pa Augustino de SOUZA développa une importante carrière commerciale et entrepreneuriale tout au long de sa vie.

    En 1903, il fut embauché par la compagnie commerciale allemande Deutsche Togo Gesellschaft (DTG) et, après l’expulsion de cette société du Togo en 1914 suite à la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale, il monta sa propre compagnie d’import-export.

    Par la suite, il s’engagea dans la production de palmistes et de noix de coco, achetant à cet effet de vastes domaines près d’Anécho et dans la région de Lomé dont il fit d’immenses palmeraies et cocoteraies.

    Au fil des années, il avait accumulé une fortune si considérable qu’il était considéré comme étant le plus riche commerçant du Togo avant son indépendance.

    Lorsque les colons décidèrent de créer un Conseil des notables pour impliquer l’embryon de bourgeoisie locale dans la gestion des affaires coloniales, c’est Augustino de SOUZA qu’on désigna comme président de cette institution.

    Après la Seconde Guerre mondiale, Augustino de SOUZA s’engagea dans les divers mouvements qui combattaient pour l’unification des Ewé sous une seule administration coloniale.

    C’est dans ce cadre qu’il apporta une importante contribution à la naissance du Comité de l’Unité togolaise dont il aida à la fondation et en devint le premier président, à cette époque où Sylvanus OLYMPIO en avait été élu vice-président.

    En réalité, c’était dans les grandes plantations de Augustino De SOUZA que la direction du CUT se réunissait pour définir ses stratégies et tactiques.

    De SOUZA était aussi un des rares supporters actifs dans le Togo français de la direction Anlo de l’All Ewe Conference de Daniel CHAPMAN qui avait son siège au Ghana voisin.

    Trop vieux pour jouer un rôle actif dans le combat du CUT contre le pouvoir colonial français au Togo, le soutien apporté par Pa Augustino De SOUZA au mouvement à ses débuts fut incontestablement inappréciable.

    Il mourut malheureusement le 25 avril 1960, soit exactement deux jours avant la proclamation de l’indépendance du Togo auquel son destin ne lui permit pas d’assister. Comme ce fut le cas dans l’autre histoire, il ne vit donc pas la terre promise de l’indépendance nationale conquise et proclamée mais, en tant que patriarche, garant moral de la direction de cette lutte, il est permis de dire qu’il l’a conduite à bon port.

    Son décès, gardé secret, ne fut rendu public qu’après les cérémonies de proclamation de l’indépendance nationale.

    Il eut droit à des obsèques grandioses, à la hauteur de l’importance de la contribution qu’il apporta au combat pour la conquête de l’indépendance du Togo.

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